Nous voilà face à un nouveau phénomène de mode qui déferle aujourd'hui dans les cours de récré. L'
émo-philie. Il s'agit d'un véritable fléau touchant particulièrement les jeunes, désorientés dans ce monde étrange et incompréhensible et qui préfèrent se voiler la face (à l'aide d'une mèche savament "brushinguée") face aux horreurs de notre époque.
Mais ...
QUI SONT-ILS ?
Notre amie Wikipédia nous apprend que l'emo est tout d'abord un genre musical, et qu'il s'agit de l'abréviation de emotional hardcore. Nous ne pouvons nous empêcher de froncer les sourcils. L'association de ces deux éléménts,
{punk hardcore} et
{emotional}, nous semble assez contradictoire, mais passons. Quel lien entre la musique et l'image que nous avons tous du jeune émo-phile aujourd'hui ? En effet, l'emo se définit comme étant un courant de pensée et un certain style musical, les emo-philes sont les premiers à le crier sur tous les toits. Et pourtant, d'étranges coïncidences nous mènent à penser qu'il y a quelque chose d'autre appartenant au concept emo. En effet, parce qu'ajourd"hui, l'emo, c'est le look ! Le look, vecteur de révolte adolescente, le look, ce qui fait grincer des dents les parents, oui.
A QUOI LES RECONNAIT-ON ?
-
A la coupe de cheveux, incontestablement. Le emo a les cheveux liss(é)s, et généralement une mèche qui cache partiellement le visage. Il serait intéressant de noter cet étrange état de fait : plus la mèche est longue, plus le gars derrière est moche.
[cette dernière remarque ne venant d'ailleurs pas de moi mais d'une internaute que j'ai croisée au détour de forums. Qu'elle me contacte pour d'éventuels droits d'auteur]
-
A l'habillement : Ballerines étranges à damier ou converses custmisés
(car l'emo-boy ou l'emo-girl est original, notez bien cela ! Par contre, entre eux les emo se ressemblent. Mettez une dizaine d'emo-boys côte à côte, leurs propres parents auraient du mal à retrouver le leur) Ajoutez à cela un t-shirt ou un sweet avec des étoiles, des pois, des têtes de mort, car il faut être rock'n'roll. Enfin un jean slim serait le bienvenu, voire un jean large si l'emo débute dans le mileu.
-
A l'état d'esprit. Nous l'avons dit, l'emo en acte, comme l'emo-phile (nous opèrerons une distinction entre ces deux catégories ci-après) sont des rebelles qui se révoltent contre l'ordre établi. En effet, le monde est moche, et ces jeunes plus que tout autres l'ont compris. Alors ils décident de voir la vie depuis chez eux et de ne pas chercher plus loin, ils se confrontent aux pires difficultés que peut connaître un adolescent : premières cuites, premières musiques qu'on fait pas écouter aux parents, premières amours, premières amours déçues, premiers placages, premières sorties, etc. Et bien sûr, toutes ces expériences il nous en fait part à travers l'art : photographie, musique, poèmes. Car l'emo est un être sensible qui peine à survivre dans la jungle urbaine, et qui cherche un échapatoire artistique où se révéler entièrement. Et souvent, il choisit pour cette noble tâche cet espace Web que nous connaissons bien,
le Skyblog.
TYPOLOGIE :
Hé oui, Skyblog regorge de Skyblogs d'emo et autres emo-philes.
En parlant de cela, voici le fin mot de l'histoire : l'émo-phile, lui, admire ses concitoyens emo réalisés. En vérité, il aimerait bien, lui, arborer fièrement une longue mèche colorée/décolorée, se faire un piercing au labret et porter des Vans Slip On, malheureusement il n'ose pas et/ou ses parents le lui interdissent tant qu'il n'a pas quitté la maison. L'emo, lui, est le chanceux à avoir des parents laxistes ou à avoir réussi à les convaincre ; dans des rares cas il est juste un peu plus âgé et est donc en capacité de réaliser ses rêves les plus fous et par la même occasion d'affirmer son emo-attitude face à la société.
Donc, le skyblog emo se reconnaît à quelques caractéristiques simples que nous énumèrerons ici :
-
Les photos : l'emo aime les photos et a fortiriori les siennes. En effet, l'emo a instauré une pratique jusque là réservé à des connaisseurs à partir d'une conception nouvelle de l'art photographique. A savoir : on a la classe quand on voit sur la photo qu'on tient l'appareil à bout de bras et qu'on entrevoit notre visage et notre tenue à la fois. Novateur. Bien entendu, sur ladite photo, nous trouverons la plupart des signes distinctifs de l'emo : la mèche, le(s) piercing(s), le style vestimentaire. Pour ce qui est de l'emo-phile qui ne peut pas mettre de photos de lui sur son blog emo puisqu'il n'en est pas encore un, il suffit d'aller piocher dans les photos des autres, à grands renforts de "
Il est crooo mignon ce mec, vous trouvez pas?" En effet, l'emo-phile veut être emo, et veut surtout avoir un(e) petit(e) ami(e) emo. Cela va de soi. L'emo-philie est d'ailleurs un phénomène majoritairement féminin, à part quelques exceptions.
-
Le lien avec la musique. La musique est un refuge privilégié des emo afin de supporter la rudesse de ce monde. Chose étrange, les emo n'écoutent pas forcément de la musique emo. Je m'arrêterais là sur ce point, mon expérience n'est pas assez étendue pour cela.
-
L'écriture et le traitement des mots : certains mots reviennent très souvent dans les blogs emo, à grands renforts d'anglicisme et autres mots choppés au cours d'anglais du jour. Des mots comme "Toxic", "trust-me", ou des phrases du genre "I wanna be myself" sont récurrentes. Nous noterons également un usage excessif et automatique de la lettre "X", notament dans les adresses, ce qui donne des adresses assez folkloriques et difficiles à écrire, à grand renforts de minuscules/majuscules, de x et de tirets. Le "x" est la lettre qui semble incarner au mieux le malaise de ce jeune en manque de repères face aux anonymes de la société.
-
L'émotion ! L'emo-boy ou l'emo-girl est un hyper-sensible, qui ressent les choses au centuple, et appelle à l'aide ses semblables afin d'affronter les misères de la vie. Il aime à outrance et n'a pas honte de ses larmes. La douleur et le mal-être sont le vecteur de son art. Si Rousseau avait vécu au XXème siècle, pour sûr, il serait emo !
Voilà donc quelques éléments afin de reconnaître un skyblog emo et de cerner cet ample phénomène de l'emo-philie qui touche nos jeunes de plus en plus tôt. Gare aux jeunes gens à la mèche. Ne riez pas d'eux, vous ne vous doutez pas de tout ce qu'ils endurent ...
Pour clore cette note en beauté, je ne puis m'empêcher de citer ce quatrain inspiré pêché sur un skyblog parmi d'autres (mes souvenirs sont flous sur ce point) :
"
A 15 ans on ne se bat pas pas
Contre la guerre
Mais pour le retour de la mèche
En travers du visage
"
Edifiant, moi je dis.